{"id":270,"date":"2026-08-16T14:13:12","date_gmt":"2026-08-16T14:13:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.irefr.org\/?p=270"},"modified":"2026-08-16T14:14:34","modified_gmt":"2026-08-16T14:14:34","slug":"jalons-dun-itineraire-chantal-danjou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/2026\/08\/16\/jalons-dun-itineraire-chantal-danjou\/","title":{"rendered":"Jalons d\u2019un itin\u00e9raire (Chantal DANJOU)"},"content":{"rendered":"<p><em>Une double figure \u00a0<\/em>[\u2026] <em>a \u00e9t\u00e9 peu questionn\u00e9e, c\u2019est celle de l\u2019enseignant \u00e9crivain ou de l\u2019\u00e9crivain enseignant. Les \u00e9crivains vivent dans leur grande majorit\u00e9 une situation de double vie, contraints de cumuler une activit\u00e9 litt\u00e9raire et un \u00a0\u00bb second m\u00e9tier \u00a0\u00bb <\/em>(Lahire, 2006)<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<!--more--><\/p>\n<p><em>Aussi les mots jouent-ils et travaillent-ils dans le po\u00e8me, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la communication ordinaire, mais \u00e0 un autre niveau\u00a0 qui requiert d\u2019\u00eatre d\u00e9chiffr\u00e9 parce qu\u2019il est \u00e9galement de l\u2019ordre de ce qui pr\u00e9c\u00e8de la pens\u00e9e logique. Proc\u00e9dant en effet par transmutation, le po\u00e8me n\u2019est pas seulement signifiant en fonction du sens des mots, mais encore de ce qui pr\u00e9c\u00e8de et de ce qui suit la signification. Car il entre en rapport avec ce qui ne se repr\u00e9sente pas, ne se mesure pas et ne se juge pas. Il fait appara\u00eetre l\u2019\u00e9nigme, puis le myst\u00e8re.<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\"><strong>[2]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Une situation de double vie\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9nigme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le myst\u00e8re\u00a0\u00bb, autant d\u2019expressions et de mots qui t\u00e9moignent de <strong>la diff\u00e9rence entre enseigner et \u00e9crire, entre didactique et cr\u00e9ation, qui bousculent les notions de \u00ab\u00a0genre litt\u00e9raire\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0transgenre\u00a0\u00bb<\/strong>. Et comment consentir \u00e0 la force de l\u2019\u00e9nigme que pose tout texte litt\u00e9raire\u00a0? Il semble pourtant que c\u2019est au c\u0153ur de cette diff\u00e9rence et dans la confrontation des exp\u00e9riences et des points de vue que peut na\u00eetre une approche plus sensible ou d\u2019abord sensible. Le r\u00e9cit liminaire qui suit, en \u00e9voquant la promenade de Katherine Mansfield, questionne \u00e0 la fois son rapport au r\u00e9el et \u00e0 l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n<p>Une jeune femme se prom\u00e8ne dans le jardin public derri\u00e8re Notre-Dame de Paris. Go\u00fbtant la floraison printani\u00e8re des arbres, elle s&rsquo;assoit sur un banc. Tout s&rsquo;agite autour d&rsquo;elle, les pigeons d&rsquo;abord, une branche, une corde \u00e0 sauter. Tout s&rsquo;ordonne dans une parfaite qui\u00e9tude. Quelle chance d&rsquo;avoir trouv\u00e9 un banc de libre\u00a0! Les autres sont occup\u00e9s, comme de droit, par les m\u00e8res de famille environn\u00e9es de leur nombreuse prog\u00e9niture. Devant elle passent une nurse chinoise v\u00eatue de bleu et deux enfants blonds. La rencontre interrompt ses r\u00eaveries. L&rsquo;interroge. L&rsquo;isole dans une solitude craintive. Tant qu&rsquo;elle aura devant les yeux l&rsquo;image d&rsquo;une vie aussi remplie d&rsquo;enfants, de gouvernantes et de maris, comment la sienne, en comparaison, ne lui semblerait-elle pas vide et d\u00e9risoire ? Poss\u00e8de-t-elle une seule de ces choses tangibles qui lui apporteraient une jouissance et un prolongement imm\u00e9diats ? Devant un tel d\u00e9bordement de vie, dans ce petit jardin, c&rsquo;est pour Katherine Mansfield le d\u00e9sir de ce qu&rsquo;elle nomme <em>\u00ab\u00a0the<\/em> <em>real life<\/em>\u00a0\u00bb : <em>\u00ab\u00a0Pourquoi n&rsquo;avais-je pas une v\u00e9ritable maison &#8211; une vraie vie &#8211; pourquoi n&rsquo;avais-je pas une nurse chinoise v\u00eatue de pantalons verts, et deux b\u00e9b\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em> Le Journal qu&rsquo;elle tient ? Soudain futile et paradoxal. D\u00e9naturant les choses vivantes, les dotant d&rsquo;une existence sourde et parall\u00e8le. Moment d\u2019une crise o\u00f9 l&rsquo;\u00e9criture lui appara\u00eet comme un sacrifice consenti \u00e0 une vie marginale et un peu inqui\u00e9tante. Presque une absence de vie qui s\u2019effectue aux d\u00e9pends du quotidien et du familier. Pourtant, \u00e0 peine un mois plus tard, Katherine Mansfield plac\u00e9e dans une situation diff\u00e9rente, fait l&rsquo;apologie de ce qu&rsquo;elle appelle <em>\u00ab\u00a0the life of life\u00a0\u00bb,<\/em> une vie totalement autre r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par l&rsquo;\u00e9criture et par la solitude. Plus aucune trace de dilemme\u2026 <em>\u00ab\u00a0La vie avec d&rsquo;autres personnes finit par se perdre dans la brume, [\u2026] mais c&rsquo;est une vie excessivement pr\u00e9cieuse, et merveilleuse quand je suis seule, le d\u00e9tail de la vie, la vie de la vie\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\"><strong>[4]<\/strong><\/a><\/em><\/p>\n<p>Comment accorder vie et \u00e9criture ? Cela pourrait \u00eatre la question qui agite tout cr\u00e9ateur et tout chercheur, ne faisant que renforcer le doute sur la possibilit\u00e9 de concilier <em>\u00ab\u00a0the real life\u00a0\u00bb <\/em>and<em> \u00ab\u00a0the life of life\u00a0\u00bb. <\/em>En \u00e9crivant, de quoi parle-t-on, de la vie r\u00e9elle ou de la vie d\u00e9tourn\u00e9e de son cours ordinaire et quel impact sur la mani\u00e8re de r\u00e9diger le texte\u00a0? \u00c0 ce propos, Jean-Marie Le Sidaner interroge sur ce que le texte produit dans la vie de son auteur et non plus seulement ce qu\u2019il lui doit. Pour donner une autre r\u00e9f\u00e9rence, ce qui interpelle alors l&rsquo;\u00e9crivain, \u00e0 l&rsquo;instar de Pessoa, est\u00a0\u00ab\u00a0non pas les choses, mais notre sensation des choses\u00a0\u00bb. Une telle \u00ab\u00a0sensation\u00a0\u00bb met le po\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans l&rsquo;observation, dans la description, dans les relations entre les choses comme dans l&rsquo;\u00e9criture. Avec le po\u00e9tique vient une temporalit\u00e9 et un rythme diff\u00e9rents. Sur la lin\u00e9arit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9crit interf\u00e8rent des lignes de cr\u00eates et des lignes bris\u00e9es comme si coexistaient n\u00e9cessairement le texte coh\u00e9rent et le texte d\u00e9cal\u00e9, le dit et la voix off.\u00a0La vision du paysage et les points de vue se multiplient, \u00ab\u00a0le d\u00e9tail\u00a0\u00bb casse l\u2019id\u00e9e d\u2019ensemble ou d\u2019une perception homog\u00e8ne. Dans le texte en prose qui cl\u00f4ture <em>D\u2019ocre et de th\u00e9\u00e2tre<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\"><strong>[5]<\/strong><\/a><\/em>, Chantal Danjou note la permanence de l\u2019engagement po\u00e9tique jusque dans la chose la plus d\u00e9risoire en apparence\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Une mouche, une ramure, un s\u00e9cateur, sans doute bien anodins au d\u00e9part, si tu les regardes et les r\u00e9it\u00e8res, deviennent \u00e9l\u00e9ments symboliques et complexes.\u00a0\u00bb<\/em> Rester disponible \u00e0 l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re devient essentiel. L\u2019\u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur peut para\u00eetre infime mais c\u2019est avec ces objets mis en r\u00e9sonance, des \u00eatres qui traversent le champ de vision, la qualit\u00e9 d\u2019un paysage, que la cr\u00e9ation se fait. Dans plusieurs livres, le dit po\u00e9tique se double d\u2019une \u00e9criture qui s\u2019apparente au journal voire \u00e0 une expression th\u00e9\u00e2trale. Les indications sc\u00e9niques soulignent combien l\u2019\u00e9criture po\u00e9tique est sous-tendue par l\u2019\u00e9l\u00e9ment biographique (rupture, mort, guerre) ou par la r\u00e9miniscence culturelle (\u00e9vocation de tableau, citation) au point de basculer ou de feindre basculer dans la narration. Ainsi, pour <em>Toko no ma<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\"><strong>[6]<\/strong><\/a>, <\/em>l\u2019auteur parle de <em>suite<\/em> po\u00e9tique et non de recueil, cette r\u00eaverie autour des jardins \u00e9tant plut\u00f4t compos\u00e9e de volumes, de natures mortes et de sayn\u00e8tes. De m\u00eame, dans <em>La mer int\u00e9rieure, entre les \u00eeles<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\"><strong>[7]<\/strong><\/a>,<\/em> des artistes ou des \u00e9crivains dont l\u2019\u0153uvre a accompagn\u00e9 l\u2019\u00e9criture, au m\u00eame titre qu\u2019un paysage, se trouvent mentionn\u00e9s dans le corps du texte ou cit\u00e9s en propos liminaires. Un aller et retour constant s\u2019effectue entre prose et po\u00e9sie. \u00c0 titre d\u2019exemple, il peut \u00eatre int\u00e9ressant de citer <em>Les<\/em> <em>Amants de glaise<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\"><strong>[8]<\/strong><\/a>, <\/em>un r\u00e9cit qui se d\u00e9roule dans les Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales et par l\u00e0 m\u00eame \u00e0 proximit\u00e9 de la fronti\u00e8re : les lieux se succ\u00e8dent, nomm\u00e9s parfois et volontairement en trois langues \u2013 fran\u00e7ais, espagnol, catalan \u2013 cherchant non pas l\u2019anecdote ou un quelconque r\u00e9gionalisme mais tentant de renouer avec l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab\u00a0transculturalit\u00e9\u00a0\u00bb. Il y a \u00e0 la fois passage et changement, pas l\u2019un sans l\u2019autre. Il semblerait que l\u2019on quitte l\u2019id\u00e9e duelle pour celle d\u2019un m\u00e9tissage, comme si lieux, langues, genres et temps englobaient et d\u00e9passaient leurs identit\u00e9s respectives ou du moins prenaient en compte \u00e0 la fois leur succession de lieux et de langues, leurs mutations et leur participation \u00e0 \u00ab\u00a0un genre sans genre\u00a0\u00bb \u2013 un m\u00e9tagenre\u00a0? \u2013 comme \u00e0 une temporalit\u00e9 \u00e9clat\u00e9e, voire diffract\u00e9e. Le miroir est un objet r\u00e9current dans ce r\u00e9cit, visage et corps s\u2019y trouvent pr\u00e9sent\u00e9s de fa\u00e7on m\u00e9tonymique, les lieux sans doute aussi.<\/p>\n<p><strong>Il est certain que la notion du genre litt\u00e9raire interpelle.<\/strong> Cette classification permettant de r\u00e9unir les \u0153uvres litt\u00e9raires en trois cat\u00e9gories principales\u00a0: le roman, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre, C. D. a toujours souhait\u00e9 la transgresser, ayant \u00a0tendance \u00e0 consid\u00e9rer <strong>l\u2019utilit\u00e9 d\u2019une telle classification comme \u00e9tant d\u2019application didactique,<\/strong> permettant et facilitant les rapprochements entre auteurs par le biais de formes communes \u00e0 plusieurs \u0153uvres. Cependant, <strong>\u00e9crire \u2013 et C. D. le dit d\u2019autant plus qu\u2019elle est aussi professeur \u2013 n\u2019est pas enseigner<\/strong>. Lisant r\u00e9cemment une interview<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a> que donnait Jacques Ancet, nous reprenons ici ce qu\u2019il y r\u00e9pondait\u00a0: \u00ab\u00a0J\u2019ai toujours aim\u00e9 travailler aux fronti\u00e8res de ce qu\u2019on appelle les \u00ab\u00a0genres\u00a0\u00bb. Je po\u00e9tise la prose dans mes po\u00e8mes romanesques, je prosa\u00efse le po\u00e8me dans ma pratique des formes fixes, je brouille les \u00ab\u00a0genres\u00a0\u00bb parce qu\u2019en fait, il n\u2019y a, pour moi, qu\u2019un seul et m\u00eame mouvement d\u2019\u00e9criture au travail sous toutes les formes qu\u2019il peut prendre (r\u00e9cit, roman, po\u00e8me\u2026)\u00a0\u00bb. Il d\u00e9veloppe par ailleurs ses propos en notant\u00a0: \u00ab\u00a0Il ne s\u2019agirait pas, \u00e0 proprement parler, de la <em>description<\/em> d\u2019un paysage , avec ce que cela supposerait de distance et de ma\u00eetrise, mais d\u2019\u201cun monde en \u00e9tat d\u2019\u00e9criture\u201d , d\u2019une mani\u00e8re de \u201cregarder le monde avec sa voix\u201d\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a> Pr\u00e9f\u00e9rer la d\u00e9nomination de \u00ab\u00a0r\u00e9cit\u00a0\u00bb au singulier \u00e0 celle du pluriel \u2013 r\u00e9cits \u2013 si cela entretient l\u2019effet de prose romanesque, a l\u2019ambition de maintenir du po\u00e9tique, comme seule continuit\u00e9, presque comme seule temporalit\u00e9.<\/p>\n<p>Cette mani\u00e8re d\u2019envisager le monde \u00ab\u00a0en \u00e9tat d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb para\u00eet pertinente\u00a0: une telle approche d\u00e9place les notions de genre et de temporalit\u00e9, les met d\u2019une certaine fa\u00e7on en morceaux ou en \u00e9clats, chaque \u00e9l\u00e9ment, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019un lac, d\u2019un ermitage, d\u2019une vall\u00e9e ou de l\u2019amant et de sa disparition, fait pr\u00e9sence, soul\u00e8ve la question de sa pr\u00e9sence \u2013 naturelle et\/ou formelle, non pas fortuite \u2013 avant m\u00eame l\u2019arriv\u00e9e de la narratrice. Un peu comme s\u2019il se disait <em>l\u00e0<\/em> et fa\u00e7onnait ce<em> l\u00e0 <\/em>de pr\u00e9sence, c\u2019est-\u00e0-dire lieu, temps, forme dress\u00e9e, en de\u00e7\u00e0 du r\u00e9cit. Des bribes de phrases telles\u00a0: \u00ab\u00a0 Soudain un vitrail.\u00a0\u00bb constituent comme une apparition, une apparition cependant verbale plus que descriptive et que mat\u00e9rielle. Pour poursuivre avec Jacques Ancet, le r\u00e9el travail po\u00e9tique serait ensuite de \u00ab\u00a0donner corps\u00a0\u00bb \u00e0 cette trace de vitrail ou encore \u00e0 ce vitrail en \u00ab\u00a0\u00e9tat d\u2019\u00e9criture\u00a0\u00bb. Si la narratrice des <em>Amants de glaise<\/em> marche autant, c\u2019est qu\u2019elle s\u2019exhorte au regard et \u00e0 l\u2019\u00e9coute, et c\u2019est un v\u00e9ritable exercice qu\u2019elle m\u00e8ne l\u00e0 \u2013 elle le dit d\u2019ailleurs \u2013 pour parvenir \u00e0 un non moins v\u00e9ritable \u00ab\u00a0\u00e9tat de regard\u00a0\u00bb. Au fur et \u00e0 mesure que se d\u00e9roulait l\u2019\u00e9criture, les choses se sont d\u00e9plac\u00e9es, brouill\u00e9es m\u00eame, l\u2019apparu prenant le pas sur le r\u00e9el voire sur le r\u00e9alis\u00e9. Si la quatri\u00e8me de couverture peut parler non sans justesse d\u2019une restitution dans l\u2019ordre chronologique, le temps des <em>Amants de glaise<\/em> subit certaines distorsions. La chronologie classiquement associ\u00e9e \u00e0 la dur\u00e9e, en d\u00e9roulant la succession des \u00e9v\u00e9nements, offre un espace o\u00f9 l\u2019\u00e9crivain peut jouer avec des effets de perspective, de rupture\u00a0; avec le flash-back ou la projection. Peu \u00e0 peu cet ordre chronologique qui traduit une vision historique de la r\u00e9alit\u00e9 se trouve remis en question, la r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019il suppose elle-m\u00eame porteuse de temps multiples, comme avec un effet de\u00a0 \u00ab\u00a0pixellisation\u00a0\u00bb. Des questions viennent\u00a0: la lin\u00e9arit\u00e9 est-elle tenable\u00a0? Comment l\u2019inscrire dans un temps humain, douloureusement humain\u00a0? Le doter de l\u2019authenticit\u00e9 du v\u00e9cu, qu\u2019est-ce \u00e0 dire\u00a0? De quel v\u00e9cu parle-t-on\u00a0? Pourrait-on dire comme Alain Robbe-Grillet<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> que d\u00e8s lors \u00ab\u00a0le temps se trouve coup\u00e9 de sa temporalit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Que ce type d\u2019\u0153uvres \u00ab\u00a0ne pr\u00e9tendent \u00e0 aucune autre r\u00e9alit\u00e9 que celle de la lecture [\u2026] semblent toujours en train de se contester, de se mettre en doute elles-m\u00eames \u00e0 mesure qu\u2019elles se construisent\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0 La trame chronologique a pourtant bien exist\u00e9 dans <em>Les<\/em> <em>Amants de glaise<\/em>. En t\u00e9moigne la g\u00e9n\u00e9tique du texte\u00a0: l\u2019ant\u00e9riorit\u00e9 de lettres au r\u00e9cit final, mais de lettres qui, le plus souvent, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es m\u00eame si une publication de l\u2019une d\u2019entre elles a bien eu lieu dans une anthologie. Il semble donc qu\u2019il ne faut pas se fier \u2013 du moins pas totalement \u2013 \u00e0 la gen\u00e8se du roman !<\/p>\n<p>La narratrice, visitant une abbaye \u2013 \u00a0c\u2019est assez fr\u00e9quent dans le livre\u00a0! \u2013 \u00a0utilise une expression h\u00e9rit\u00e9e de l\u2019architecture\u00a0: parlant d\u2019une particularit\u00e9 architecturale du lieu, de ses arcs mozarabes, elle dit qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une \u00ab\u00a0forme outrepass\u00e9e\u00a0\u00bb de la p\u00e9ninsule arabis\u00e9e. Ce pourrait \u00eatre aussi, cette \u00ab\u00a0forme outrepass\u00e9e\u00a0\u00bb, le signe que s\u2019effectue un processus constant et croissant de barbarie \u00e0 travers le r\u00e9cit. \u00ab\u00a0Oui, tout r\u00e9side dans la transgression des formes\u00a0\u00bb, ajoute-t-elle et de poursuivre\u00a0: \u00ab\u00a0Je vis avec <em>ma folie<\/em>. Elle me sert bien dans le nouveau livre que j\u2019\u00e9cris.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #800000;\">Chantal DANJOU<\/span><\/strong><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Publi\u00e9 le\u00a017 Janvier 2022\u00a0par\u00a0<a href=\"mailto:perrine.coudurier@fabula.org\">Perrine Coudurier<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Jean-Claude TENARD, <em>Notes sur le po\u00e9sie<\/em>, Seuil, 1970, p. 43<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Katherine MANSFIELD, <em>\u00ab\u00a0Letters and Journal\u00a0\u00bb<\/em>, Editions Penguin Modern Classics, 1978, p. 57-58<\/p>\n<p>3 ibidem, p. 59-60.<a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\"><\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Chantal DANJOU, <em>D&rsquo;ocre et de th\u00e9\u00e2tre, <\/em>Ed. Encres Vives, Colomiers, 2003<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Chantal DANJOU, <em>Toko no ma, <\/em>mise en regard avec Mikito Obata et Sumiko Kabumoto, Ed. L\u2019Improviste, Paris, 2005<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Chantal DANJOU, <em>La mer int\u00e9rieure, entre les \u00eeles,<\/em> mise en regard avec Hamid Tibouchi, Ed. M\u00e9moire Vivante, Paris, 2012<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Chantal DANJOU, <em>Les Amants de glaise, <\/em>roman, Ed. Rhubarbe, 2009<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Saraswati<\/em>, revue de po\u00e9sie, d\u2019art et de r\u00e9flexion, n\u00b0 10 \/ d\u00e9c. 2009 \/ p. 3 , questions de Sylvaine Arabo<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Autre Sud, Cahiers trimestriels, n\u00b0 4 7 \/ d\u00e9c. 2009 \/ p. 25, <em>Jacques Ancet le murmure ininterrompu<\/em><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> Alain Robbe-Grillet,<em> Pour un nouveau roman<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une double figure \u00a0[\u2026] a \u00e9t\u00e9 peu questionn\u00e9e, c\u2019est celle de l\u2019enseignant \u00e9crivain ou de l\u2019\u00e9crivain enseignant. Les \u00e9crivains vivent dans leur grande majorit\u00e9 une situation de double vie, contraints de cumuler une activit\u00e9 litt\u00e9raire et un \u00a0\u00bb second m\u00e9tier \u00a0\u00bb (Lahire, 2006)[1].<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ocean_front_end_style_editor":"no","ocean_post_layout":"","ocean_both_sidebars_style":"","ocean_both_sidebars_content_width":0,"ocean_both_sidebars_sidebars_width":0,"ocean_sidebar":"0","ocean_second_sidebar":"0","ocean_disable_margins":"enable","ocean_add_body_class":"","ocean_shortcode_before_top_bar":"","ocean_shortcode_after_top_bar":"","ocean_shortcode_before_header":"","ocean_shortcode_after_header":"","ocean_has_shortcode":"","ocean_shortcode_after_title":"","ocean_shortcode_before_footer_widgets":"","ocean_shortcode_after_footer_widgets":"","ocean_shortcode_before_footer_bottom":"","ocean_shortcode_after_footer_bottom":"","ocean_display_top_bar":"default","ocean_display_header":"default","ocean_header_style":"","ocean_center_header_left_menu":"0","ocean_custom_header_template":"0","ocean_custom_logo":0,"ocean_custom_retina_logo":0,"ocean_custom_logo_max_width":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_width":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_width":0,"ocean_custom_logo_max_height":0,"ocean_custom_logo_tablet_max_height":0,"ocean_custom_logo_mobile_max_height":0,"ocean_header_custom_menu":"0","ocean_menu_typo_font_family":"0","ocean_menu_typo_font_subset":"","ocean_menu_typo_font_size":0,"ocean_menu_typo_font_size_tablet":0,"ocean_menu_typo_font_size_mobile":0,"ocean_menu_typo_font_size_unit":"px","ocean_menu_typo_font_weight":"","ocean_menu_typo_font_weight_tablet":"","ocean_menu_typo_font_weight_mobile":"","ocean_menu_typo_transform":"","ocean_menu_typo_transform_tablet":"","ocean_menu_typo_transform_mobile":"","ocean_menu_typo_line_height":0,"ocean_menu_typo_line_height_tablet":0,"ocean_menu_typo_line_height_mobile":0,"ocean_menu_typo_line_height_unit":"","ocean_menu_typo_spacing":0,"ocean_menu_typo_spacing_tablet":0,"ocean_menu_typo_spacing_mobile":0,"ocean_menu_typo_spacing_unit":"","ocean_menu_link_color":"","ocean_menu_link_color_hover":"","ocean_menu_link_color_active":"","ocean_menu_link_background":"","ocean_menu_link_hover_background":"","ocean_menu_link_active_background":"","ocean_menu_social_links_bg":"","ocean_menu_social_hover_links_bg":"","ocean_menu_social_links_color":"","ocean_menu_social_hover_links_color":"","ocean_disable_title":"default","ocean_disable_heading":"default","ocean_post_title":"","ocean_post_subheading":"","ocean_post_title_style":"","ocean_post_title_background_color":"","ocean_post_title_background":0,"ocean_post_title_bg_image_position":"","ocean_post_title_bg_image_attachment":"","ocean_post_title_bg_image_repeat":"","ocean_post_title_bg_image_size":"","ocean_post_title_height":0,"ocean_post_title_bg_overlay":0.5,"ocean_post_title_bg_overlay_color":"","ocean_disable_breadcrumbs":"default","ocean_breadcrumbs_color":"","ocean_breadcrumbs_separator_color":"","ocean_breadcrumbs_links_color":"","ocean_breadcrumbs_links_hover_color":"","ocean_display_footer_widgets":"default","ocean_display_footer_bottom":"default","ocean_custom_footer_template":"0","ocean_post_oembed":"","ocean_post_self_hosted_media":"","ocean_post_video_embed":"","ocean_link_format":"","ocean_link_format_target":"self","ocean_quote_format":"","ocean_quote_format_link":"post","ocean_gallery_link_images":"on","ocean_gallery_id":[],"footnotes":""},"categories":[9,5],"tags":[],"class_list":["post-270","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-contributions-des-membres","category-litteratures-francaise-et-francophones","entry"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/270","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=270"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/270\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":273,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/270\/revisions\/273"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=270"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=270"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.irefr.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=270"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}