Promouvoir un axe « Sciences du langage et de l’éducation (didactiques)-Humanités littéraires » à partir d’un pôle « Français » fédérateur et inclusif
Dans la perspective d’un rééquilibrage à l’égard des stratégies préférentielles du « capitalisme cognitif », qui privilégie un développement technoscientiste et technocratique, dans la perspective d’un polycentrisme équitable, favoriser les articulations entre sciences du langage et de l’éducation (didactiques) ainsi qu’avec les humanités littéraires. A partir d’un pôle « français » fédérateur et inclusif. De manière à vertébrer et à promouvoir un axe éducationnel, de formation et de recherche (EN-INSPÉ-ESR) apte à contribuer à répondre aux aspirations socioculturelles de la période, et à élaborer, en contexte de mondialisation et de médiatisation des échanges, un humanisme dialogique et démocratique.
Un collectif d’enseignants et de chercheurs (en sciences du langage, littératures, didactiques du français langue première/FLP et du français langue étrangère/seconde/FLE/FLS, Lettres modernes et classiques…) s’est constitué en 2025 à partir d’un Appel à créer des Instituts de recherche sur l’enseignement du et en français.
Avec le soutien de
l’AIRDF/Association internationale de recherche en didactique du français (France)[2]
l’ASDIFLE/Association de didactique du français langue étrangère [3]
la FIPF/Fédération internationale des professeurs de français[4]
l’ACEDLE/Association des chercheurs et enseignants didacticiens des langues étrangères[5]
l’ACIREPh/Association pour la création des instituts de recherche sur l’enseignement de la philosophie[6]
le GREF/Groupement Education sans frontières[7]
le CIRET/Centre International de Recherches et études Transdisciplinaires[8] – l’IATF/Indian Association of Teachers of French[9]
et de responsables et membres des Linguistes atterré-es, de l’OEP/Observatoire européen du plurilinguisme et du LASRET/Laboratoire Scientifique de Recherches et Études Transdisciplinaires.
Quel est l’argumentaire développé dans cet Appel ? Quels sont les objectifs du collectif ?
État des lieux – Exposé des motifs
Dans le contexte de la montée en puissance de l’« économie de la connaissance » (ou capitalisme cognitif) et de l’intelligence artificielle, le rééquilibrage des champs disciplinaires, entre sciences et techniques d’une part et sciences sociales et humanités d’autre part, apparaît comme une condition d’un développement plus harmonieux de l’Université, et en amont de l’École.
Par ailleurs, le statut en France de la langue française comme « langue de la République » ne doit pas nuire au développement du français comme langue commune et inclusive, ni réduire les opportunités d’un plurilinguisme et d’une pluriculturalité assumés par les institutions éducatives et de recherche, ainsi que par les publics. La situation de carrefour géoculturel qui est celle de notre pays incite à consolider les fondements de la cohésion sociale et d’une culture nationale commune, sur des bases dialogiques.
Les IREM ont été constitués en mathématiques en 1969, dans l’objectif de moderniser leur enseignement, en particulier pour la formation d’ingénieurs dans le contexte de l’industrialisation propre aux Trente glorieuses.
Sur ce modèle institutionnel, dans le contexte de la mondialisation et de la médiatisation des échanges, nous préconisons la création d’IREF (Instituts de recherche sur l’enseignement du et en français). Il s’agirait de structures pérennes et inter-catégorielles, incluant enseignants, formateurs, universitaires, inspecteurs, acteurs associatifs… dans l’objectif de mutualiser des savoirs et des cultures disciplinaires dans une perspective de recherche-formation professionnelle, ainsi que de formation tout au long de la vie en langue française. Mais aussi dans l’objectif de construire des curricula contextualisés et adaptés à la période, à partir de cette discipline fondamentale, transversale qu’est le français. En fait, le français n’est pas seulement une discipline : à partir de son statut international, social et scolaire, c’est aussi une langue commune qui a vocation à exercer un pouvoir instituant en tant que référentiel, dans lequel savoirs scientifiques et cultures, rapports aux langues, imaginaires linguistiques, littéraires et artistiques etc. sont construits à/par l’École et l’Université.
Concernant leur statut institutionnel, le débat reste ouvert : les IREF seraient-ils adossés à l’Université, aux INSPÉ ou bien à l’Éducation nationale (comme c’est le cas pour les IREM) ?
Finalités et objectifs de la création d’IREF
Une liste non exhaustive de finalités et d’objectifs est ci-dessous.
1-Relier les savoirs académiques entre les sciences du langage et les études littéraires, en relation avec les diverses situations d’enseignement, du FLM, du FLE-FLS et avec leur développement didactique
2-Articuler les enseignements de langues (dont le français) entre eux et les adosser le cas échéant aux répertoires plurilingues des élèves afin de favoriser un apprentissage pluriel
3-Prendre en compte la question du genre et des cultures de genre, la corporation des francisants étant majoritairement féminine (à peu près 80% en Lettres modernes dans le Secondaire). Notamment par l’étude des littératures et arts féminins, de l’écriture inclusive dans ses aspects les plus consensuels
4-Favoriser la réflexion académique, didactique et citoyenne sur l’enseignement et l’apprentissage de l’orthographe du français, ainsi que sur l’avenir de ses réformes
5- Proposer des outils pour l’adaptation des enseignements à l’intelligence artificielle et pour remédier aux dérives cognitives liées à la désinformation (ère dite de la « post-vérité »)
6-Contribuer à l’harmonisation, et à l’édification de synthèses opératoires entre courants didactiques et pédagogiques et leurs écoles pour ce qui concerne les compétences en lecture et écriture, en s’appuyant sur les grammaires de langue (phrase), de texte, de discours et de sens
7-Promouvoir l’intradisciplinarité concernant les usages de la langue dans la pratique de ses différents systèmes (morphologie, syntaxe, sémantique, lexicologie), les modes d’organisation du discours, les techniques rhétoriques et argumentatives
8-Contribuer au renforcement du comparatisme littéraire et d’études contrastives favorisant des passerelles entre littératures régionales, française, francophone et du monde
9-Contribuer à établir des passerelles entre des écoles de critique littéraire et artistique, favorisant ce faisant la réflexion-action sur la créativité et sur les dynamiques de création
10- Favoriser des collaborations pérennes avec des représentations des langues-cultures régionales, incluant les Outre-mer, ainsi que de pays francophones
11-Renforcer, dans un contexte international marqué par des dérives nationalistes, autoritaires, bellicistes et par la montée des violences, la formation et l’éducation à une citoyenneté francophone et européenne progressiste, émancipatrice et solidaire
12- Ouvrir la perspective de création d’IREF dans des pays francophones, comme c’est déjà le cas d’IREM dans une vingtaine de pays.
Au nom du Collectif IREF
Martine BOUDET professeure agrégée de Lettres modernes, docteure en littérature française, chercheure au LASRET (Laboratoire scientifique de recherches et d’études transdisciplinaires)-Académie de Toulouse
Coordinatrice de l’appel IREF
Essai de méthodologie de lecture-écriture, Pointe-à-Pitre, Presses universitaires des Antilles, juillet 2025 (deux tomes, théorique et pratique)
SOS Ecole Université –Pour un système éducatif démocratique (direction, Le Croquant, 2020) Avec le soutien de l’Institut de recherche de la FSU
Les langues-cultures moteurs de démocratie et de développement (direction, Le Croquant, 2019) – Participation de la DGLFLF/ Direction de la langue française et des langues de France
Le système éducatif à l’heure de la société de la connaissance (co-direction, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 2014) – Préface de Philippe Meirieu
Patrick CHARAUDEAU professeur émérite en sciences du langage et auteur, Université Sorbonne Paris Nord, chercheur au CNRS (LCP-IRISSO), membre du Conseil scientifique du collectif IREF
Avec Dominique Maingueneau, Dictionnaire d’analyse du discours, Paris, Le Seuil, 2002.
Le Débat public. Entre controverses et polémique; Enjeu de pouvoir, enjeu de vérité. Lambert-Lucas, 2017.
Grammaire du sens et de l’expression (rééd.), Lambert-Lucas, 2019
La langue n’est pas sexiste. D’une intelligence du discours de féminisation, Le Bord de l’eau, 2021
Qu’est-ce que le français ? Mythes et réalités, Paris, Classiques Garnier, coll. « Domaines linguistiques », 2025.
Anthippi POTOLIA maître de conférences, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis 7e section : sciences du langage/ didactique des langues UFR SEPF (sciences de l’éducation, psychanalyse, français langue étrangère), département Communication/Français langue étrangère, vice-présidente de l’ACEDLE/Association des chercheurs et enseignants didacticiens des langues étrangères, membre du bureau du collectif IREF
Sylvie WHARTON sociolinguiste et didacticienne du français, professeure des universités, Université d’Aix-Marseille, membre du bureau du collectif IREF
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Références
Projet d’IREF
http://www.irefr.org
https://collectif-riposte-education.fr/pour-la-creation-dinstituts-de-recherche-sur-lenseignement-du-francais-et-en-francais-iref-intercategoriels-et-inclusifs/
IREM
https://www.univ-irem.fr/
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[7] https://www.gref.asso.fr/wp/
[8] https://ciret.hypotheses.org/