Thèse de Magali DURRIEU-GARDELLE en sciences de l’éducation (université de Bordeaux)
Ce travail doctoral porte sur l’oral pour enseigner et apprendre la grammaire et comment l’aborder en formation avec les enseignants du primaire.
Intitulé
Langage et recherche collaborative : effets de la construction d’une communauté discursive d’enseignants en grammaire sur leurs modes d’agir, parler et penser et sur ceux de leurs élèves dans la discipline
Résumé
Notre travail doctoral porte sur l’oral pour enseigner et apprendre en grammaire à la fin de l’école élémentaire française. Il interroge les effets d’une recherche collaborative portant sur le langage pour apprendre en grammaire au cycle 3 (9 -10 ans), sur les pratiques entre autres langagières des enseignants en classe, les usages langagiers de leurs élèves et leur conscience disciplinaire de l’oral et de la grammaire. Il s’ancre dans une perspective historique et culturelle qui nous conduit dans un premier temps à revenir sur la constitution de la grammaire scolaire comme discipline pour comprendre les difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants.
Notre ancrage nous conduit, à la suite de Vygotski (1934/1997), à attribuer un rôle majeur au langage, conçu comme outil sémiotique, dialogique aux usages contextualisés (Bakhtine, 1984), et à la médiation langagière de l’enseignant dans la construction et l’appropriation par les élèves des savoirs en dépôt dans la culture. Nous sommes ainsi amenée à mobiliser, à l’échelle de la classe, le concept de Communauté Discursive Disciplinaire et Scolaire (Jaubert, Rebière et Bernié, 2003) pour comprendre, sur le plan langagier, la co-activité d’enseignement-apprentissage qui permet aux élèves de s’approprier des manières d’agir, de parler et de penser propres à la grammaire.
Ce positionnement nous amène à interroger le modèle dominant de la leçon magistrale en grammaire suivie d’exercices d’application héritée du Moyen Age qui laisse peu de place à l’activité cognitive et langagière des élèves nécessaire à la négociation de la signification de l’activité grammaticale et des savoirs qu’il leur faut s’approprier. Par ailleurs l’injonction ministérielle de développer le langage pour apprendre en toute discipline, laisse nombre d’enseignants désarçonnés. Nous faisons ainsi l’hypothèse qu’une recherche collaborative sur la question du langage pour enseigner et apprendre en grammaire pourrait aider les enseignants impliqués à prendre conscience de l’importance du langage des différents acteurs dans la classe et à modifier leurs pratiques au bénéfice des apprentissages cognitifs et langagiers des élèves et du renforcement de leur conscience disciplinaire (Reuter, 2007).
Nous avons mis en place une recherche collaborative sur 2 ans, adossée à l’analyse de l’activité (Clot & Faïta, 2000), avec 4 enseignantes de cycle 3.
Nous disposons des films et verbatims de 8 séances de grammaire menées par les enseignantes sur la notion phrase simple/complexe, avant et en fin de recherche, des 12 verbatims des auto-confrontations, confrontations croisées et séances de travail collectif ainsi que de deux séries de questionnaires élèves visant à (1) identifier leurs pratiques langagières écrites en grammaire et (2) cerner leur conscience de la grammaire et de l’oral en grammaire, en début et en fin de recherche.
La comparaison des verbatims des séances permet d’observer des transformations dans les pratiques enseignantes effectives (corpus, activité sollicitée, interventions discursives, traitement de l’erreur, savoir enseigné), temps de parole des acteurs nature des interactions verbales, positionnement énonciatif et usages langagiers des élèves.
L’analyse des verbatims des entretiens permet de mettre en évidence que les éléments de la pratique qui ont été transformés ont tous été objets de discours, reformulés, interrogés, débattus, reconfigurés, signe de déplacements cognitifs et langagiers des participants.
Les questionnaires donnent à voir les transformations chez les élèves de leurs usages langagiers écrits, une conscience disciplinaire plus en phase avec l’activité grammaticale et un début d’objectivation de l’oral pour apprendre en grammaire.
Dans la discussion, nous revenons sur les apports de cette recherche exploratoire ainsi que sur ses limites et nous interrogeons l’intérêt des recherches collaboratives, pour la formation.
Mots clés : Pratiques langagières, Recherche collaborative, Enseignement/apprentissage,
Grammaire, Communauté discursive disciplinaire d’enseignants, École élémentaire